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Lire un extrait | Frédéric Choffat

Outrages Ordinaires

Extrait
(…) je peux encore marcher, je peux encore vivre sans boire, ni manger, je traque les tourbillons de poussière de l’horizon vidé, 72 hommes et femmes dans le désert, nous attendons, je n’avale pas les capsules, ils lèvent leurs mitraillettes, les passeurs enclenchent leurs mitraillettes et ils tirent, les mexicano-guatémaltéco-américains, les passeurs de drogue, les passeurs de corps, les passeurs de vie, je crève, je ne veux pas porter la drogue pour ta folie urbaine, pour qu’éclate ton cerveau dérobé, pour que la transe enfin nourrisse ta libération, je crève, je crève sur le sol du désert, mon désert, le désert du peuple du haut et quand fantôme, je m’élève, la hanche empoissée du sang des 71 autres, je vois, les ensablements, les barbelés, les fleuves de noyés, les prisons prisonnières, les cuisinières et les servantes, les loueurs de sexe et de mains noires et je hurle dans ton oreille, oui, dans la tienne, et je ne te laisserai plus, ni faire un pas, ni faire deux pas sans qu’hurle dans tes oreilles le peuple du haut, sans que tu portes à ton tour le corps de mon frère, de ma mère, de mon père, de mon fœtus, sans que tu brûles de toutes nos histoires, sans que tu gémisses pour tous nos morts, je suis un éléphant et c’est moi qui t’écrase dans ta villa, je suis un aigle et c’est moi qui t’envole sur les falaises, je suis un âne et c’est moi que tu écorches, que tu dépèces, que tu lèches, que tu suces, peuple démembré qui ne sait plus ni jouir, ni baiser, nous venons avec nos pieds, nos mains, nous venons le cœur saint, nous venons en chantant, cervelles brisées, nous venons en saluant, écrasés contre vos murs, nous venons, nous ne cesserons de venir, touchant à peine le sol, enfermés dans des cales, des boîtes, des containers où nos sèves pourrissent, nouveau limon pour vos terres asséchées, cendre de nos lumières qui recouvrent vos trottoirs, vos marécages, vos théâtres, je suis mexicain, je suis nigérien, nous tombons, petite armée sans général, nous tombons aux portes de vos cités, en miette, en tas,…